Vivre son rêve : 12 entreprises qui m'inspirent

Vivre son rêve : 12 entreprises qui m'inspirent

1re partie


On vit plus intensément lorsqu’on est vraiment à l’écoute de soi-même. Cette voix intérieure que l’on ignore parfois pendant des années, certaines personnes osent l’écouter et franchir le pas.
Aujourd’hui, je vous raconte l’histoire de celles et ceux qui ont créé leur propre entreprise : certaines par hasard, d’autres poussées par le désir de préserver un savoir-faire ou de transmettre un héritage…
Voici douze entreprises qui me rappellent cela et m’inspirent chaque jour à croire en moi et à ne jamais cesser d’être créative.

Comme cet article est, à mon sens, assez dense car il contient de nombreux exemples, je vais le diviser en deux billets. Voici les six premiers.


Atelier Vime
- Vallabrègues, France -
Fondé en 2014 par Benoît Rauzy et Anthony Watson



Pour comprendre cette histoire, il faut remonter au XVIIIe siècle : situé sur une ancienne île du Rhône, entre Arles et Saint-Rémy-de-Provence, Vallabrègues était alors la capitale historique de la vannerie française, avec près d’un quart de ses habitants qui tressaient l’osier récolté en Camargue. En 1878, l'Hôtel Drujon, une maison de ville située au cœur de la commune, devint un atelier central de vannerie. Puis, avec l'avènement du plastique dans les années 1970, ce métier prit fin brutalement et cet artisanat tomba dans l'oubli.


En 2014, Benoît Rauzy et Anthony Watson, tous deux passionnés de antiquités, cherchaient une maison dans la région et sont tombés sur cet Hôtel Drujon, laissé à l’abandon depuis longtemps. Au cours de sa restauration, ils ont découvert une multitude de vieux paniers, d’outils et de documents d’époque : la maison n’avait appartenu qu’à deux familles au cours des trois derniers siècles, dont la dernière dirigeait l’un des principaux ateliers de rotin du village. Le passé de la maison leur est apparu avec force.

Sans aucune formation officielle dans ce domaine, ils ont pris une décision radicale : non seulement restaurer les murs, mais aussi redonner vie à l'atelier lui-même. Ils ont fondé l'Atelier Vime (du latin vimen, qui signifie « tige souple ») et se sont mis en quête des derniers vanniers locaux encore capables de maîtriser l'art complexe du tressage de l'osier, du rotin ou de la corde.

Le succès a été immédiat : en associant ces techniques ancestrales à des gammes de mobilier contemporain créées en collaboration avec des designers, le duo a bouleversé les codes de la décoration d’intérieur : suspensions géantes, fauteuils et miroirs en fibres naturelles se sont vendus comme des petits pains. La marque a depuis publié un ouvrage chez Flammarion retraçant cette aventure et dispose de ses propres showrooms à Vallabrègues et à Paris.

Pourquoi cela inspire : ce qui n’était au départ qu’une simple idée d’acheter une résidence secondaire s’est transformé en une passion et en une responsabilité : celle de perpétuer ce que la maison elle-même avait commencé trois siècles plus tôt. Changer de vie, c’est souvent savoir écouter et voir ce que la vie met sur notre chemin.

=> découvrez l’Atelier Vime


Astier de Villatte
-Paris, France-
Fondée en 1996 par Ivan Péricoli et Benoît Astier de Villatte

 

Tout a commencé à l'École des Beaux-Arts de Paris au début des années 1990, où Ivan Péricoli et Benoît Astier de Villatte ont suivi les cours du sculpteur Georges Jeanclos, qui leur a enseigné l'estampage, une technique traditionnelle de moulage à la main. Le père de Benoît, lui-même professeur de peinture, leur a transmis très tôt l'amour des objets d'art.

En 1996, poussés par une urgence bien plus terre-à-terre (payer le loyer), les deux étudiants se sont inscrits sur un coup de tête au salon Maison & Objet. Le problème, c’est qu’ils n’avaient rien à vendre. Ils ont opté pour la terre cuite, un matériau bon marché et rapide à travailler, et ont présenté des pièces brutes et uniques. Contre toute attente, les acheteurs américains et japonais se sont rués sur leur stand : la marque était née, sans qu’ils aient jamais vraiment décidé de la créer.


Pour honorer leurs premières commandes, les deux artistes se sont installés dans un immeuble abandonné de la rue de Lappe, près de la Bastille. C'est dans ce squat, qu'ils partageaient avec d'autres artistes, qu'ils ont mis en place un four de fortune et fabriqué à la main leurs premières assiettes et leurs premiers bols à soupe, en s'inspirant d'objets dénichés dans des brocantes ou trouvés sur les trottoirs de Paris.

Ce succès critique a donné naissance à une véritable entreprise : un atelier de production dans le 13e arrondissement, l’acquisition d’une imprimerie typographique pour créer leur propre gamme de papeterie, des collaborations avec des parfumeurs de renom pour des bougies et des parfums, ainsi qu’une maison d’édition. La technique emblématique reste la même : un tampon en argile noire recouvert d’un vernis blanc, laissant apparaître de petites imperfections qui donnent à chaque pièce son âme — un style que les fondateurs eux-mêmes résument comme évoquant « un passé qui n’a jamais existé ».

Pourquoi c'est une source d'inspiration : car les plus grands succès sont souvent ceux qui sont le moins planifiés ! Ceux qui naissent d'un instinct de survie élémentaire (comme payer son loyer) et d'un pari calculé s'avèrent très souvent être des réussites.
Avant de devenir une référence mondiale, Benoît et Ivan se sont lancés sans filet de sécurité, alliant un savoir-faire artisanal hors pair (en l’occurrence, la technique d’estampage qu’ils ont apprise auprès d’un maître) à la confiance en ce qu’ils créaient.

=> Découvrir Astier de Villatte



Chez Antoinette Poisson à Paris
- Paris, France -
Fondée en 2012 par Jean-Baptiste Martin et Vincent Farelly

 

Tout a commencé à la fin des années 2000, lorsque Jean-Baptiste Martin et Vincent Farelly ont suivi ensemble une formation en restauration d’œuvres graphiques, avant de se spécialiser dans la conservation du patrimoine et des papiers peints anciens – un métier qui leur a progressivement permis d’affiner leur connaissance des techniques traditionnelles et des pigments du Siècle des Lumières.

Le véritable tournant s’est produit en 2012, lors de la rénovation d’une demeure historique en Auvergne. En décapant des couches de papier peint accumulées au fil des siècles, les deux restaurateurs ont découvert des fragments de « dominos » : des feuilles décoratives imprimées à l’aide de blocs de bois gravés, puis rehaussées de couleurs à la main ou à l’aide de pochoirs. Cette technique du « dominotier », tombée en désuétude depuis le XIXe siècle, les a tellement fascinés qu’ils ont décidé de la recréer dans son intégralité.

La même année, ils s’associèrent et ouvrirent leur atelier dans le 11e arrondissement de Paris, sous le nom « À Paris chez Antoinette Poisson », en hommage à Jeanne-Antoinette Poisson, la marquise de Pompadour, favorite de Louis XV et grande mécène des arts, à l’époque même où la dominoterie connaissait son âge d’or.

Dans leur atelier-boutique, le duo travaille exactement comme on le faisait au XVIIIe siècle, en utilisant du papier de chiffon pur, qu'ils impriment feuille par feuille, puis en les coloriant à la main : une technique historique qui a immédiatement séduit le monde de la décoration d’intérieur. À l’origine, ces dominos servaient à tapisser l’intérieur des coffres et des armoires, ou à relier des livres. Au cours des quatorze dernières années, l’entreprise a élargi sa gamme pour y inclure du linge de maison imprimé, des rouleaux de papier peint, du papier mâché, de la papeterie et même de l’eau de parfum, tout en nouant un nombre croissant de collaborations prestigieuses : le château de Versailles, Gucci, Diptyque, Ladurée et Sézane.

Pourquoi cette histoire est source d’inspiration : parce que ces deux restaurateurs ont réussi à faire renaître tout un métier qui avait disparu depuis deux siècles. Une rencontre fortuite sur un chantier de rénovation les a mis face à un métier qu’ils ont redécouvert et qu’ils ont tout simplement refusé de laisser disparaître. Une fois de plus, il est important de garder l’esprit ouvert et d’observer le monde qui nous entoure au quotidien.

=> Découvrez Antoinette Poisson

 

Marin Montagut
-Paris, France- 
Fondée en 2020 par Marin Montagut

 

Tout a commencé à Toulouse, où Marin Montagut a grandi au milieu des antiquités : sa mère était antiquaire et sa grand-mère peintre. Dès son enfance, il a été séduit par le charme des objets oubliés qui racontent une histoire, et il a très tôt développé une envie irrépressible de collectionner et de dessiner le monde qui l’entourait.

À 19 ans, il quitte Toulouse pour Paris : ce fut le coup de foudre pour l’architecture, les façades et les parcs de la capitale, qu’il considérait comme une carte postale vivante. Il poursuit ensuite des études de dessin à Central Saint Martins, à Londres, avant de revenir à Paris par des détours… D’abord comme assistant du décorateur Christian Sapet, puis comme chef décorateur au cinéma, deux expériences qui ont aiguisé son sens de la mise en scène.

Il s'est d'abord fait connaître grâce à ses « Bonjour City Map Guides » (des cartes des capitales entièrement peintes à l'aquarelle), puis grâce à son livre Sous les toits de Paris (2018), coécrit avec Inès de la Fressange. Frustré de ne pas trouver dans le commerce les objets poétiques dont il rêvait pour son quotidien, il s’est lancé : il a transposé ses aquarelles sur de la vaisselle, des coussins et des verres, faisant des chaises vertes du Jardin du Luxembourg son motif emblématique.


En juin 2020, il a ouvert sa première boutique éponyme au 48, rue Madame, conçue pour évoquer une épicerie fine d’antan : porcelaine, verrerie peinte à la main, coffrets en papier mâché, bougies. Chaque pièce est désormais fabriquée et décorée à la main dans un atelier du 20e arrondissement.

Pourquoi il est source d’inspiration : Ce que j’apprécie particulièrement chez Marin Montagut, c’est qu’il incarne sa marque non pas pour satisfaire le marché, mais pour combler un vide personnel : les objets qui manquent à son quotidien. Toute sa boutique, ses créations et son art constituent une véritable déclaration d’amour à Paris. Il est difficile d’imaginer qu’il soit encore possible d’être créatif et innovant dans le domaine des « souvenirs », et pourtant, Marin a cru que c’était possible ! Et si vous devez ramener des souvenirs, autant qu’ils soient aussi inspirés et élégants que les siens.

=> Découvrez Marin Montagut


Magazine FAIRE
-Lacoste, Vaucluse, France-
Lancé au printemps 2021 par Ruth Ribeaucourt

 

Ancienne attachée de presse chez Disney en Irlande, Ruth Ribeaucourt s’est installée en Provence par amour. C’est en explorant les archives familiales de son mari (une dynastie de fabricants de rubans jacquard dont les origines remontent à 1864) qu’elle a eu une révélation : fascinée par ces textiles vintage, elle a lancé sa propre ligne de bijoux rétro en 2010 et a commencé à dénicher des tissus vintage pour de grandes maisons de mode telles qu’Alexander McQueen et Dries Van Noten.

Ce travail de chasse au trésor l’a mise en relation avec tout un réseau d’artistes à travers l’Europe. Appareil photo à la main, elle a commencé à documenter leur quotidien, est devenue photographe et rédactrice pour divers magazines internationaux de décoration d’intérieur, puis, en 2019, a fondé des retraites créatives internationales afin de rassembler cette communauté autour de l’artisanat.

Le véritable tournant s'est produit en 2020 : lorsqu'elle a été invitée à occuper le poste de rédactrice en chef invitée pour un numéro spécial du magazine américain *What Women Create*, elle a pris conscience de l'impact profond de ces récits de vie. En pleine pandémie, alors que le monde était contraint de passer au numérique à une vitesse vertigineuse, elle a ressenti le besoin de faire le contraire : créer un objet physique – lourd et texturé – qui invite à ralentir.

 

Au printemps 2021, le premier numéro de FAIRE est sorti des presses dans le village de Lacoste : un mook trimestriel (mi-magazine, mi-livre) consacré à ce que signifie « vivre de sa créativité ». À travers des reportages approfondis et intimes, Ruth Ribeaucourt plonge au cœur de la vie privée d’artisans, de potiers, de tisserands et de peintres, capturant des images authentiques de leurs maisons et de leurs ateliers. Entièrement autofinancé, le magazine est désormais distribué dans plus de 26 pays et soutenu par une communauté internationale de lecteurs.

Pourquoi c'est une source d'inspiration : J'admire Ruth pour avoir cru en ce projet et lancé un magazine papier. Il s'agissait d'une aventure entièrement autofinancée, sans aucun investisseur, qui a réussi grâce à une véritable appréciation de la beauté et de la fascination qui entourent le travail des artistes et des artisans. De plus, en tant que photographe moi-même, j'adore toutes ces magnifiques photos d'ateliers !

=> Découvrez Faire Magazine

 

John Derian Company Inc.
- New York, États-Unis -
Fondée en 1989 par John Derian

 

Issu d'un milieu ouvrier de Watertown, dans le Massachusetts, rien ne laissait présager que John Derian était destiné à évoluer dans le monde de la décoration d'intérieur.

Après le lycée, il s'est installé à Cambridge sans entrer à l'université, a enchaîné les logements de fortune et a travaillé comme serveur dans un restaurant branché (son véritable « incubateur créatif »), où il côtoyait toute une pléiade d'artistes. Parallèlement, il vendait ses premières créations : des cadres ornés de boutons et d'objets trouvés, dans des boutiques du quartier.

Le véritable tournant s'est produit à la fin des années 1980, lorsqu'il a commencé à écumer les salons d'antiquités et les marchés aux puces. Ce fut le coup de foudre pour les « éphémères » : vieilles gravures, planches botaniques du XVIIIe siècle, lettres d'amour jaunies et manuels scolaires victoriens. Fasciné par ces images d'avant l'ère de la photographie, il a cherché un moyen de leur insuffler une nouvelle vie. En 1989, il a fondé la John Derian Company à New York et a redonné vie à l’art du découpage : coller ces illustrations vintage sur des assiettes, des plateaux, des presse-papiers et des bols en verre.

En 1994, il a loué un petit local sur East Second Street pour en faire un atelier de production. Afin de payer son loyer, il a commencé à vendre ses créations directement aux passants, puis a officiellement ouvert sa première boutique en 1995. Ce lieu, rapidement surnommé « l’épicerie » par l’élite de la mode new-yorkaise, est devenu un lieu de pèlerinage, où l’on pouvait découvrir des pièces en verre translucide, des textiles vintage et des meubles patinés par le temps.

Ce qui n'était au départ qu'une activité artisanale menée en solitaire est devenu une marque culte, dont les créations sont toujours fabriquées à la main dans l'atelier new-yorkais par une petite équipe d'artisans.

=> Découvrez John Derian

Auteur à succès (The John Derian Picture Book), il a noué de nombreuses collaborations, de Target aux potiers parisiens d'Astier de Villatte — une alliance parfaite entre l'argile noire parisienne et l'imagerie vintage new-yorkaise.

Pourquoi c'est une source d'inspiration : Aucune passion ni aucune curiosité n’est trop pointue pour mériter d’être explorée ; c’est ce que John Derian a compris très tôt. Au fond, son souhait est simplement de préserver des images d’une époque révolue et de redonner vie aux objets du quotidien qui y sont liés. Toutes ses initiatives – livres, collaborations, boutiques… – trouvent toujours leur source dans ce même point d’ancrage : une obsession d’enfance pour les images et le papier oublié.

Conclusion (Fin de la 1re partie)

Voici les six premiers témoignages de créatifs inspirants qui ont tous un point commun : ils ont laissé libre cours à leur curiosité et à leur passion, et ont créé des entreprises en s'appuyant sur ces deux éléments.

Dans la deuxième partie, nous poursuivrons ce voyage à travers Lisbonne, la Provence et le Beaujolais avec six autres récits qui démontrent, chacun à sa manière, qu’il est possible de transformer sa vie en œuvre d’art et son travail en vérité.


 

📸 (C)
1- Atelier Vime
2- Robert Doisneau : Le vannier de Vallabrègues, 1966
3- Portrait de Benoît Rauzy et Anthony Watson, par Eric Jansen
4- Collage avec des photographies d'Eric Jansen
5- Atelier Vime
6- Benoît Astier de Villatte et Ivan Pericoli - Photo de Julie Ansiau
7 - Astier de Villate
8 & 9 - Créations Astier de Villate par Paula Franco
10 - Portrait de Vincent Farelly et Jean-Baptiste Martin - Antoinette Poisson
11-12 - Antoinette Poisson
13 - Collage d'Antoinette Poisson et portrait de Madame de Pompadour (la véritable Antoinette Poisson) par Quentin de La Tour
14- Boutique Antoinette Poisson
15- Portrait de Marin Montagut par The Socialite Family
16- Marin Montagut
17- Créations de Marin Montagut par Paula Franco
18- Portrait de Ruth Ribeaucourt
par Lean Timms
19 & 20 - Magazine « Faire » - photo tirée du site
21 - L'atelier de Christine Ferrer -
Photographie de Bruno Suet
22 - L'atelier de Cécile Boudon - Site web « Faire »
23 - Portrait de John Derian tiré du site officiel
24 et 25- Toutes les photos ci-dessus sont de Stephen Johnson
26 et 27- Toutes les photos ci-dessus sont de Stephen Johnson

 

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